21 mai 2011

L'endroit de tes rêves


En fin de journée, quand la lumière se tamise d'elle même, tu dis que c'est le meilleur moment. Tu prends ta canne à pêche et tu viens te poster là. Où il n'y a jamais aucun autre que toi.
Tu as toujours cherché la solitude et le vide. Ca te permet de rêver selon toi. Au debut tu venais les mains vide, puis tu t'es imaginé que tes mains se lasseraient plus vite que ton esprit. Alors tu as commencé à prendre la canne. Depuis c'est comme ça. Sans, ça ne marche pas. 

Tu pourrais y rester de longues heures mais tu attends simplement que le soleil disparaisse derrière les ombres immenses. Lorsque tu ne peux plus voir les montagnes, il est temps de revenir sur Terre. Alors tu remontes la ligne qui n'a pas d'appât et rejoins lentement la route. Tu jettes un dernier regard sur le lac et en silence, leur souhaite à lui comme à tes songes, une douce nuit.
Tu reviendras demain.

Photos: Manuel B.

25 avr. 2011

Ile aux voyages

Hier. Réveillée par une caresse sur le pied.
Sur la route, les paysages désertiques défilent. La voiture enchaîne les montagnes et les lacets, vers le sommet, puis vers le bas, et caetera. Je compte les moutons.
Derrière le centième virage c'est l'océan. Echoué paisiblement sur les plages rocailleuses. D'une beauté qui coupe le souffle. Le soleil y étale sa lumière et transforme l'eau marine en bleu tropique. Je ferme les yeux, les rouvre. J'ai voyagé des milliers de kilomètres en un battement de cils. Atlantique ou Méditerranée? Je ne sais plus. Quand la nuit vient, on peut voir toutes les étoiles.
Je ne veux pas dormir.

Ce matin. Reveillée d'une main dans les cheveux.
La lumière qui vient de la fenêtre est blanche et lourde. Mauvais signe. Le ciel est blafard, comme prévu.
Les déserts d'hier sont aujourd'hui des champs désolés. Hier on pouvait presque voir le soleil incendier les herbes, aujourd'hui, on s'apercoit que la mousse recouvre les murets. Et les herbes ne sont pas sèches, elles sont mortes. Les moutons se dandinent au milieu de la route au mépris des humains. Il pleut, et alors? Je compte les agneaux. L'océan est brusque, écorché.
Je ferme les yeux, les rouvre. J'ai les pieds ancrés dans la terre, et devant moi l'Ecosse s'offre en spectacle.
Je ne veux pas partir.

27 mars 2011

Le dessous des pierres

Il m'a toujours semblé que le mois de mars était une transition.
Entre le froid et le ciel bleu. Un temps mort.
On attend. Et en attendant, on se fait beau.
Les zones de travaux sont sorties de terre comme les champignons de saison. Des tranchées profondément creusées dans lesquelles veiller à ne pas tomber, des camions-tracteurs aux roues aussi hautes que les piétons, des tubes jaunes, bleus, rouges, toujours plastique, des barres de fer courant tout le long des façades, des grillages coupant les routes, des tours et des détours.
Le si beau visage de ma ville est couvert de boutons. Protubérances inélégantes.
Il faut être patient. Et conscient de la permanente perfection qu'on attend d'elle. Elle se prépare à passer les prochains mois sous le feu des projecteurs et les regards qui ne laissent rien passer. Elle se fait belle pour la nouvelle saison et l'arrivée des nouveaux touristes. Elle se régénére, ellle se renouvelle, elle se rafraîchit. Tant pis pour nous qui voyons tout de ses coulisses. C'est de bonne guerre.
Nous serons les premiers heureux de pouvoir la présenter sous son meilleur jour à nos visiteurs curieux.