22 nov. 2014

Ailleurs



Mal dormi. Réveillé en sursaut par l'alarme qui gueulait depuis longtemps et un coup de pied presque gentil. Pas envie. Il faut y aller pourtant. Elle ne m'attendra pas.

Un baiser dans les cheveux, une caresse sur la jambe, je claque la porte en silence. Nuit. Vent. J'enfonce ma casquette sur le crâne, rentre les épaules, plisse les yeux. Ca va. L'habitude.
Je me presse maintenant. Besoin de la voir. Elle va être en forme, nous faire valdinguer. Ca m'excite, presque.

Quand j'arrive, le jour pointe son nez déjà tout gris. L'air est plein d'embruns. On n'y voit presque rien. J'espere que les autres sont en forme, je sens qu'elle va nous abimer. Elle est encore loin, mais elle arrive à toute berzingue.

J'ai encore un peu de temps. Je retourne ma casquette, m'allume une cigarette.
Elle finit de me réveiller complètement. Viens ma mer, je t'attends.
Je vais te prendre tout doucement, et toi, tu vas nous faire mal. Des années qu'on s'aime comme ça.

Après notre chevauchée, je descendrai du bateau un peu étourdi et les jambes flageolantes. J'irai me changer et puis ce sera le moment de manger un bout. Et d'une autre cigarette.

23 oct. 2014

Renaître les fantômes

Pénombre tamisée, tu n'as allumé que la petite lampe. Le fauteuil est douillet, il fait bon, il est à peine tard. Sur la platine tourne le morceau que tu aimes tant. Le son du piano, rauque, brut et ces coups de pédales martelés résonnent dans la pièce et dans ta tête.
Tu rêves, tu divagues, en regardant par la fenêtre muer les ciels, passer les couleurs. Tu comptes les nuages en attendant la nuit qui tarde à venir. C'est l'heure bleue.
Le piano se fait langoureux, tu penses à cette femme que tu n'as plus vu depuis si longtemps. Elle était belle. Elle était merveilleuse.
Le piano gronde, tu essayes de te rappeler l'odeur de sa peau, le goût de son cou, la chaleur de ses yeux.
Face B. Tu fermes les yeux, cherches ses courbes et ses creux. Le piano vibre, te voilà le coeur plein, le ventre électrique.
Tu ne l'attendais pas, le pianiste de génie est allé la chercher pour toi. Dans le noir de ta mémoire, elle guettait ses respirations etouffées comme un appel juste susurré.
Sur le vinyl, les mains du musicien terminent leur danse improvisée. Elle est assise près de toi et regarde avec toi le ciel devenir encre.

14 oct. 2014

A quoi tu penses?




7h20 du matin,  il est trop tôt pour un dimanche.
Je devrais retourner près de toi, mais je viens de me faire happer par elle. Mon autre amour. Cette ville que j'ai tant aimé, dés le premier jour. Comme le grand amour, je l'adore passionnément et j'ai pour elle une tendresse infinie. Je lui passerais tout, ses dérapages, ses caprices. Les années passent, son pouvoir reste d'une étonnante justesse. Je pose sur elle un regard amoureux, mais lucide. Je la connais séductrice, je sais que d'autres la regardent et l'aiment. Je sais que les jalouser serait deplacé. Je suis une parmi tant de ses conquêtes. Comme le grand amour, je m'en contente. Elle sait me retenir. D'un battement de cils, me faire oublier tous les autres, me faire croire que je suis la seule, l'unique, la plus belle et la plus importante de ses âmes.
Et quand aux premieres heures du jour elle m'attire à elle avec toute sa douceur, serre mon coeur de toute sa lumière, je realise que je ne peux plus partir.
Depuis longtemps, je ne peux plus la quitter.